La chronique
Après Entre deux mondes et sa claque sociale, je retrouvais Olivier Norek sur un tout autre terrain. Fini les migrants et la jungle de Calais, place au polar rural, au cold case et aux secrets de village.
Le grand écart pouvait surprendre, et je l’avoue, la dimension engagée d’Entre deux mondes m’avait davantage remué. Mais attention cet avis sur Surface n’est pas celui d’un lecteur déçu. Surface a d’autres arguments, et ils m’ont convaincu.
Une flic cabossée en terre aveyronnaise
Noémie Chastain, capitaine à la brigade des Stups, prend une balle en plein visage lors d’une intervention. Elle survit, mais son visage restera marqué à jamais. Trop dérangeante pour ses collègues, cette gueule cassée qui leur rappelle sans cesse les risques du métier, elle se retrouve exilée par sa hiérarchie dans un commissariat de campagne perdu au fin fond de l’Aveyron, avec pour mission d’acter sa fermeture. Sauf qu’un corps remonte des eaux du lac local, et avec lui un cold case vieux de vingt-cinq ans, lié à un village jadis englouti sous le barrage.
Le décor, à lui seul, vaut le détour. Je n’ai pas encore lu le Norek des banlieues parisiennes, celui de Coste et du 93, mais ce petit village aveyronnais m’a happé. Ses habitants taiseux, ses rancœurs enfouies, ses secrets qui remontent à la surface en même temps que les cadavres. Norek quitte le bitume sans rien perdre de sa tension, et cette communauté rurale où tout le monde se connaît et où personne ne parle offre un terrain de jeu formidable pour une enquête. C’était prenant, bien ficelé, exactement ce qu’on attend d’un bon cold case.
Noémie, loin des flics de série B
Mais le cœur de Surface, c’est elle. Noémie Chastain. Et quel personnage. On aurait pu craindre le énième portrait de flic névrosé qui a tout perdu, ce cliché tellement rebattu du genre. Norek l’évite (merci!). Sa Noémie est une femme forte, tenace, qui se bat autant contre les autres que contre elle-même. Surtout, elle est drôle. Ses réparties cinglantes, son répondant, cette manière de ne jamais s’apitoyer font d’elle une héroïne vivante, à mille lieues de l’enquêteur torturé et geignard et c’est tout à l’honneur de l’auteur. J’ai adoré son arc, son histoire ainsi que sa reconstruction. Elle porte le roman sur ses épaules.
La plume de Norek fait le reste. Chapitres courts qui donnent le tempo, dialogues crédibles et parfois tranchants, une écriture qui sonne juste du début à la fin. On tourne les pages sans s’en rendre compte. (N’est-ce pas là, un grand avantage ?)
Reste un regret, et il tient à ce que le roman aurait pu être. La première partie installe une matière psychologique autour du trauma de Noémie, ce visage détruit, ce regard des autres, cette reconstruction intime. J’aurais aimé que Norek creuse davantage cette veine, lui consacre plus de pages, surtout pour un roman qui a tout l’air d’un one-shot. La dimension enquête finit par prendre le dessus, et si elle est réussie, elle laisse un peu de côté ce qui m’avait d’abord saisi. J’ai aussi nettement moins ressenti l’aspect documentaire qui faisait la force d’Entre deux mondes, cette impression d’apprendre en lisant. Ici, c’est plus discret.
En conclusion, voici mon avis sur Surface
Surface est un excellent polar rural, porté par une Noémie Chastain qui restera, une héroïne forte et drôle qui balaie les clichés du flic cabossé. L’enquête est solide, le village aveyronnais et ses secrets font mouche, la plume est aussi affûtée que d’habitude. Il manque juste un peu de place pour approfondir le trauma de son héroïne, et un roman que j’aurais adoré prolonger tant elle m’a marqué. Vous l’aurez compris avec cet avis sur Surface, mon amour pour Norek se confirme donc, et je compte bien poursuivre le voyage, cette fois du côté de Coste et de ses enquêtes parisiennes. L’auteur ne cesse de me surprendre, et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.