La chronique
En 2013, une petite Londonienne de neuf ans, Ella Kissi-Debrah, meurt d'une crise d'asthme foudroyante. Elle vivait à trente mètres du périphérique. Sept ans plus tard, la justice britannique reconnaît officiellement la pollution de l'air comme l'une des causes de son décès, une première mondiale. Sa mère, depuis, n'a jamais cessé de se battre, devant les tribunaux, devant les institutions, pour que l'air qu'on respire cesse de tuer. Elle a choisi la voie légale, patiente, pacifique. Virgil Solal, lui, a choisi une autre arme. Et c'est tout le sujet du nouveau roman que j'ai lu d'Olivier Norek.
Quand le vrai tueur, c'est l'air qu'on respire
Virgil Solal a tout perdu le jour où sa fille est née incapable de respirer, les poumons détruits avant même d'avoir vu le monde. Victime de la pollution. Ancien militaire, ancien flic, cet homme brisé décide alors de déclarer la guerre aux plus grands pollueurs de la planète, quitte à enlever, quitte à tuer. Le roman s'ouvre d'ailleurs sur un prologue percutant qui vous plonge immédiatement dans le bain et pose la charge dès la première page, sans détour ni ménagement. On sait tout de suite où l'on met les pieds.
Toute la force du livre tient dans un renversement présenté avec habileté : le véritable serial killer de cette histoire, ce n'est pas Virgil. C'est la pollution. Elle qui tue en silence, par millions, sans visage ni procès, pendant que l'on traque celui qui ose lui répondre. Ce basculement de perspective est l'idée la plus marquante du roman, celle qui s'imprime durablement et qui force à réfléchir et à regarder le monde autrement une fois le livre terminé.
« Le véritable serial killer de cette histoire, ce n'est pas Virgil. C'est la pollution. »
Un roman qui alerte
Ce qui m'a le plus séduit, c'est ce que j'avais déjà tant aimé dans Entre deux mondes : la dimension pédagogique. Norek a mené un travail de documentation colossal, et il le fait fructifier à chaque page. On apprend, on prend des chiffres en pleine figure, on découvre l'ampleur réelle du désastre. Je ne suis pourtant pas le plus éveillé des lecteurs sur les questions écologiques, plutôt du genre à faire ma petite part sans militer. Et c'est précisément là que le roman frappe fort : les chiffres sont les chiffres, tout est documenté, tout est malheureusement bien trop réel. Beaucoup ont crié au manifeste, au prêchi-prêcha. Peut-être. Mais je trouve au contraire qu'un auteur qui dispose d'un large lectorat a le pouvoir de s'en servir pour faire passer des messages et diffuser ses convictions. Alors bravo Norek, et qu'on me donne davantage d'auteurs engagés de cette trempe. L'impact du roman, de ce point de vue, est une franche réussite.
Reste que la crédibilité, elle, pèche sérieusement. Et c'est mon vrai reproche. Le roman verse dans un manichéisme à l'envers : on nous explique que 80 % de la population soutient Virgil, sans quasiment jamais donner voix à ses détracteurs. Quand on connaît le rapport réel, souvent tiède voire hostile, des Français à l'écologie, cette adhésion massive sonne faux. J'aurais aimé de la contradiction, des opposants, des débats, bref, de la nuance. Un roman plus âpre dans sa forme aurait été plus percutant encore sur le fond.
Le personnage de Virgil, lui, m'a convaincu romanesquement. On y croit, on s'attache à sa douleur et à sa rage. Mais il faut le dire, sa radicalité relève largement du fantasme de fiction. Dans la réalité, l'écoterrorisme sanglant n'existe quasiment pas : sur plus de vingt-sept mille actions revendiquées par les mouvances écologistes entre 1970 et 2010, l'immense majorité n'a fait aucun blessé, les militants radicaux sabotant des machines, incendiant des engins de chantier ou fauchant des OGM, mais jamais, ou presque, ne tuant. Le vrai Virgil Solal n'existe pas, et c'est tant mieux, même si son existence romanesque sert évidemment le propos.
Quant au véritable sujet politique que soulève le livre, il m'a passionné et je le trouve cruellement sous-traité, même s'il est bien présent : peut-on changer les choses pacifiquement, sans faire de vagues ? Ou faut-il, comme à l'heure de la Révolution française, accepter une forme de radicalité pour que les lignes bougent enfin ? C'est une question brûlante, terriblement actuelle, et j'aurais adoré que Norek la creuse davantage.
« Peut-on changer les choses pacifiquement, sans faire de vagues ? Ou faut-il, comme à l'heure de la Révolution française, accepter une forme de radicalité pour que les lignes bougent enfin ? »
Voici mon avis sur Impact d'Olivier Norek
Malgré ses défauts, Impact m'a secoué et fait réfléchir, et c'est bien là l'essentiel pour un roman de ce genre. Je n'ai pas aimé sa fin, que je garderai pour moi. Mais j'en ressors avec la conviction d'avoir lu un livre utile, imparfait mais nécessaire, porté par un auteur qui ose. Trois one-shots de Norek plus tard, mon verdict reste suspendu : il me tarde désormais d'attaquer la saga Coste, celle qui l'a révélé, pour me forger un avis véritablement définitif sur cet auteur que je côtoie sans encore totalement le cerner.
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