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Chronique N°30

On ne mange pas les cannibales

Stéphanie Artarit
Ma note 15 / 20
Couverture du livre On ne mange pas les cannibales de Stéphanie Artarit

Un roman noir singulier où la ménagerie devient un miroir de la bestialité humaine, porté par une adolescente lumineuse au milieu de la noirceur.

Fiche technique

Autrice
Stéphanie Artarit
Éditeur
Éditions Pocket
Parution
2026
Pages
432
Genre
Thriller, drame
Ressenti
Singulier, sombre, imprévisible, inégal
“

Le loup sait qu’il est un prédateur, la biche sait qu’elle est une proie. Seul l’homme peut choisir d’appartenir à l’une ou l’autre de ces catégories.

On ne mange pas les cannibales · Stéphanie Artarit
Résumé

Pyrénées-Orientales, 1976. Noël Rivière est le propriétaire d’un zoo familial du sud de la France.

Sa vie froide et solitaire se trouve bouleversée lorsqu’il rencontre Bambi, une adolescente livrée à elle-même, qui s’introduit chaque jour dans le parc pour échapper à la misère de son quotidien et à la violence de son frère aîné, Martin.

Touché par cette gamine farouche, Rivière décide de lui offrir un emploi, de l’aider, de la protéger jusqu’à faire un choix qui va sceller leurs destins. Car le danger rôde et, sans qu’ils s’en doutent, se rapproche.

Et lorsque tout ce qui était beau et tendre aura volé en éclats, la part bestiale des personnages se révèlera dans ce qu’elle a de plus féroce, de plus primaire…

La chronique

C’est le prix Livraddict 2026 qui m’a conduit vers ce titre. Dans la même catégorie, j’avais déjà lu Chiens fous de Max Monnehay, et il fallait un deuxième roman pour pouvoir voter.

Le hasard d’une sélection m’a donc mené vers une autrice dont je ne connaissais absolument rien, Stéphanie Artarit, et vers un livre dont je n’aurais jamais soupçonné la teneur. Bonne pioche, dans l’ensemble, même si le voyage a connu quelques ralentissements.

Le décor plante déjà une singularité : un zoo, tenu par Noël Rivière, homme discret au grand cœur. Un jour, il croise Bambi, une adolescente qui vient chaque jour se réfugier parmi les animaux pour fuir un quotidien familial cauchemardesque. Il la prend sous son aile, l’emploie, la protège. Autour de ce duo fragile, la ménagerie devient bien plus qu’un simple arrière-plan : elle devient un miroir.

« Artarit ne cesse de tisser des correspondances entre ce qui se joue dans les cages et ce qui se joue chez les hommes. »

Car c’est là que réside la vraie proposition du roman. Le procédé est riche, souvent pertinent, et il donne au livre son identité. Il faut dire que l’autrice connaît son sujet : on apprend quantité de choses sur les bêtes, leurs mœurs, leurs instincts, et pour un lecteur qui aime enrichir ses connaissances au fil des pages, c’est un vrai plaisir. Ce versant presque documentaire nourrit constamment la réflexion, même s’il faut reconnaître que le parallèle finit parfois par tourner un peu à vide, au point de m’ennuyer par moments.

Le personnage de Bambi, lui, est le plus réussi. Ce qui m’a séduit chez elle, c’est la simplicité et la beauté de son écriture, cette façon qu’a l’autrice de la faire exister avec une délicatesse rare au milieu de tant de noirceur. Car il faut le dire clairement : On ne mange pas les cannibales est un roman très sombre, qui n’épargne pas son lecteur et aborde des thématiques particulièrement difficiles. Mieux vaut le savoir avant de s’y plonger.

Une des forces du livre tient aussi à son imprévisibilité. J’ai lu ce roman sans jamais savoir où il comptait me mener, et cette sensation, si elle m’a d’abord déstabilisé, a fini par devenir un moteur de lecture. Découvrir page après page vers quoi Artarit m’entraînait, sans repère ni certitude, avait quelque chose de grisant. Le mélange des registres, entre noirceur familiale et fable sociale, participe de ce sentiment de terrain mouvant.

Reste le principal bémol, et il concerne le rythme. Si le début m’a happé, la fin de la première partie s’étire en longueur, patine, perd un peu de son mordant. C’est un ventre mou qui casse l’élan avant que le récit ne retrouve son souffle. Rien de dramatique, mais assez pour que l’ennui pointe le bout de son nez.

15/20. Un roman noir singulier et ambitieux, porté par une Bambi lumineuse et par un dialogue constant entre l’humain et l’animal qui ne manque pas d’intelligence. Quelques longueurs et un propos parfois attendu l’empêchent de me cueillir totalement, mais Stéphanie Artarit signe là un texte qui sort résolument des sentiers battus, et c’est déjà une belle raison de s’y aventurer.

L'essentiel

Les plus & les moins

La balance d’un roman noir qui sort des sentiers battus

  • Une Bambi lumineuse

    L’adolescente existe avec une délicatesse rare au milieu de tant de noirceur.

  • Un miroir humain-animal fécond

    Le dialogue entre les cages et les hommes donne au livre toute son identité.

  • Un vrai plaisir d’apprendre

    Le versant documentaire sur les bêtes et leurs instincts nourrit la réflexion.

  • Une imprévisibilité grisante

    On avance sans repère, sans jamais deviner vers quoi le récit nous entraîne.

  • Un ventre mou en première partie

    Le récit patine et perd son mordant avant de retrouver son souffle.

  • Un parallèle qui tourne à vide

    À force d’être répété, le miroir animalier finit par lasser par moments.

  • Une noirceur qui n’épargne rien

    Les thématiques abordées sont très dures : mieux vaut le savoir avant d’ouvrir le livre.

Le verdict
15/20

Un roman noir ambitieux et hors des sentiers battus, dont quelques longueurs freinent la belle singularité.

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Je lis principalement des thrillers, polars, suspenses, thrillers domestiques, bandes dessinées, mangas et romans contemporains à forte tension narrative ou émotionnelle. Je serais ravi de vous lire.

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Publié le 14 août 2026