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Chronique N°25

Entre deux mondes

Olivier Norek
Ma note 19 / 20
Couverture du livre Entre deux mondes d'Olivier Norek

Un roman social d’une puissance rare sur la jungle de Calais, écrit sans manichéisme et porté par des personnages bouleversants d’humanité.

Fiche technique

Auteur
Olivier Norek
Éditeur
Pocket
Parution
2017
Pages
371
Genre
Thriller, drame, polar
Ressenti
Suffocant, nuancé, documenté, bouleversant

Mais partout dans le monde, quel que soit le niveau de pauvreté ou de détresse, tu trouveras toujours un homme sans cœur pour tenter d’en profiter.

Entre deux mondes · Olivier Norek
Résumé

Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.

Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation.

Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

La chronique

On ouvre parfois un livre sans savoir où il va nous emmener. C’était mon cas avec Entre deux mondes. Je ne connaissais pas Olivier Norek, je n’avais qu’une vague idée du sujet, et je m’attendais vaguement à un polar, l’auteur traînant une solide réputation dans le genre (notamment avec la saga Victor Coste).

J’ai eu tout autre chose. Et rarement une méconnaissance de départ aura débouché sur une claque pareille.

Le roman s’ouvre en Syrie. Adam, flic devenu agent du renseignement militaire sous un régime dictatorial, prépare la fuite de sa famille. Sa femme et sa fille partent devant, à des milliers de kilomètres, vers un endroit censé être sûr. Il doit les y rejoindre. Cette première partie, tendue, suffocante, m’a happé immédiatement. On suit un espion dans les rouages d’une dictature, on sent l’étau se resserrer, et l’on comprend vite qu’aucune ligne de ce récit ne sera confortable. Je ne m’y attendais pas, et c’est précisément cette surprise qui a scellé mon adhésion dès les premières pages.

Puis vient Calais. Sa jungle. Ce monde entre deux mondes où échouent celles et ceux que la Terre entière semble avoir décidé d’oublier.

Et c’est là que le roman déploie sa vraie force. Norek ne se contente pas de raconter, il infiltre. Il nous fait pénétrer dans cet écosystème parallèle, en décrypter les lois, les hiérarchies, les codes de survie, les commerces et les violences. On apprend énormément, et chaque découverte est aussi instructive que déchirante. Cette justesse n’est pas un hasard : lieutenant de police, l’auteur a réellement séjourné à Calais et mené l’enquête sur le terrain avant d’écrire. Ce n’est pas de la documentation de seconde main, c’est du vécu transposé, et ça se ressent à chaque page.

« Norek pose son regard sur un monde gris, jamais binaire, et laisse au lecteur la responsabilité de sa propre réflexion. »

Ce qui distingue véritablement Entre deux mondes des romans qui s’emparent d’un tel sujet, c’est son refus absolu du manichéisme. Rien n’est simplifié, rien n’est édulcoré, aucun tabou n’est contourné. Norek n’oppose pas de gentils migrants à un méchant système. Il montre la complexité, les contradictions, les habitants de Calais dépassés autant que les flics démunis et les damnés de la jungle. Cette nuance, sur un terrain aussi clivant, est une réussite rare, et il faut la saluer. Merci pour ça.

Les personnages portent le tout avec une humanité bouleversante. Kilani, le mineur isolé, m’a particulièrement touché parce qu’il n’est pas seul au monde, et que cette présence à ses côtés change tout. Adam, lui, porte une détresse qui ne lâche jamais le lecteur, cette quête d’une femme et d’une fille qui deviennent l’unique horizon d’un homme à qui l’on a tout pris. Et puis il y a le duo que forme Bastien, le flic fraîchement muté, avec sa fille, une respiration précieuse au milieu du chaos. Trois trajectoires, trois façons d’habiter ce monde impossible, toutes profondément incarnées.

Le seul véritable bémol tient à la deuxième partie, un peu plus longue à se mettre en place, où le rythme marque une légère baisse de régime avant de repartir. C’est un reproche mineur au regard de tout ce que le roman accomplit par ailleurs, et il ne pèse presque rien dans la balance.

Car Entre deux mondes fait ce que seuls les grands romans savent faire : il change quelque chose en vous. J’en suis ressorti avec un regard plus humain, et surtout avec une prise de conscience que je n’avais peut-être pas tout à fait, ou pas aussi nettement. C’est un livre qui informe, qui émeut, qui dérange, et qui refuse de vous laisser tranquille une fois refermé.

19/20. Une découverte magistrale, un roman social d’une puissance rare, et un auteur que je ne compte pas laisser filer.

L'essentiel

Les plus & les moins

La balance d’un roman qui ne laisse personne indemne

  • Un refus total du manichéisme

    Rien n’est édulcoré ni simplifié : le récit reste gris et laisse le lecteur penser par lui-même.

  • Une enquête de terrain palpable

    Norek a séjourné à Calais avant d’écrire, et ça se sent à chaque page.

  • Une ouverture suffocante en Syrie

    La fuite d’Adam sous un régime dictatorial happe dès les premières pages.

  • Des personnages profondément incarnés

    Kilani, Adam et le duo Bastien-sa fille portent le roman avec une humanité rare.

  • Un livre qui change quelque chose

    On en ressort avec un regard plus humain et une prise de conscience durable.

  • Une deuxième partie plus lente

    Le rythme marque une légère baisse de régime avant de repartir.

Le verdict
19/20

Un roman social magistral, nuancé et nourri d’une enquête de terrain, qui refuse de vous laisser tranquille une fois refermé.

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Publié le 7 août 2026