La chronique
Il arrive qu’un roman vous échappe avant même d’être ouvert. Le résumé de La Deuxième Femme laissait entrevoir un thriller tendu, haletant, le genre qui colle aux pages. Louise Mey avait d’autres intentions.
Attention, ce n’est pas un reproche qui lui est adressé, c’est simplement une précision utile pour toute personne prête à le lire : on est ici dans le roman contemporain, pas dans le thriller. Et ce malentendu de départ ne compte pas dans la balance.
Le pitch ? Sandrine ne s’aime pas. Corps, visage, voix : tout lui semble insuffisant. Quand elle rencontre son homme et trouve une place dans sa vie, dans sa maison, auprès de son fils Mathias, elle s’y glisse avec une gratitude presque douloureuse à observer. Mais la première femme, celle qui était là avant, réapparaît. Vivante. Et le monde de Sandrine s’effondre.
« Comme dans la vraie vie, rien n’arrive d’un coup. La tension se distille, goutte après goutte. »
Ce que Louise Mey réussit remarquablement, c’est la mécanique insidieuse de l’emprise et des violences conjugales. Comme dans la vraie vie, rien n’arrive d’un coup. La tension se distille, goutte après goutte. Du début à la fin, on a peur pour Sandrine. On espère, on retient son souffle, on lui souhaite le courage de partir. C’est inconfortable, c’est oppressant, et c’est exactement l’effet voulu.
Parmi les personnages, c’est Mathias, le petit garçon, qui m’a touché le plus profondément. Son innocence au milieu de ce chaos domestique est bouleversante. Il voit tout et subit. Son personnage, couplé à celui de Sandrine, rend certaines scènes insupportables de justesse.
Sandrine, elle, est un personnage auquel on s’attache également, même si, pour moi, cet attachement reste plus complexe. On s’y attache par son manque d’estime d’elle-même, sa reconnaissance excessive, sa façon de minimiser les actes d’un homme violent. Tous ses mécanismes sont si bien écrits qu’ils finissent par être douloureux à suivre. Encore merci aux autrices et auteurs qui mettent dans leurs écrits des sujets si importants.
Le seul vrai bémol, et il pèse lourd sur ma note, vient du style. Louise Mey adopte une écriture volontairement robotique, mécanique, presque clinique. Je trouve ce choix plutôt cohérent avec le propos, car il cherche à retranscrire l’état dissociatif d’une femme sous emprise. L’intention est claire et assumée.
Mais l’entrée dans le roman est difficile. Même en comprenant le procédé, il faut du temps avant que l’intrigue prenne suffisamment le dessus pour faire passer la forme au second plan. C’est là que se logent la majorité des points perdus.
Un roman utile, nécessaire, qui parle de violences conjugales et d’emprise avec une crédibilité rare. Louise Mey, par ailleurs, est une autrice dont Embruns, très salué par la critique, figure désormais en bonne place dans ma pile.