La chronique
Il arrive qu’un roman vous attire irrésistiblement sur la seule force de son pitch. Criminal Loft d’Armelle Carbonel en est l’exemple parfait : huit condamnés à mort, un reality show bien ignoble, avec un Sanatorium de Waverly Hills en décor macabre et une question vertigineuse posée au lecteur-jury. Convaincre de mériter de vivre. Difficile de faire plus ambitieux sur le papier.
Sauf que le papier, justement, ne tient pas toutes ses promesses. Et à 45% du roman, j’ai posé le livre et j’ai abandonné.
Parlons d’abord de ce qui fonctionne, parce que ce serait malhonnête de ne pas le reconnaître : la plume d’Armelle Carbonel est plutôt bonne. Le style se lit sans accroc, il y a un vrai sens de la phrase et, dans un autre cadre narratif, cette écriture aurait pu porter quelque chose de solide.
« Le dispositif téléréalité était LA promesse du roman. Il reste pourtant désespérément absent de la lecture. »
Mais le cadre narratif, précisément, est le problème. Le dispositif téléréalité qui était, pour moi, LA promesse du roman, reste désespérément absent de la lecture. On attendait un vrai filon exploité : les éliminations, la mécanique du vote, la tension d’un jeu dont les règles font frémir. On attendait l’immersion dans les codes du genre, cette façon qu’a la téléréalité de transformer des vies en spectacle. À la place, le roman avance mollement, sans jamais capitaliser sur ce qui le rendait si prometteur.
L’autre écueil majeur, c’est le personnage principal. Un condamné à mort n’est pas forcément un personnage antipathique. La littérature a prouvé mille fois qu’on peut s’attacher à des figures moralement troubles, voire franchement sombres. Mais encore faut-il qu’il existe quelque chose à attraper.
Ici, on se retrouve face à ce qui s’apparente à la pire ordure disponible sur l’étagère, sans la moindre fissure, sans ambiguïté suffisante pour susciter ne serait-ce qu’une once d’intérêt. Ni empathie, ni fascination, ni détestation jubilatoire : juste une indifférence pesante.
Le rythme, lui, ne rattrape rien. Les longueurs s’accumulent, les répétitions s’installent, et l’impression que rien ne se passe vraiment finit par l’emporter sur la curiosité de départ. À 45%, la promesse du pitch était déjà loin derrière.
Pas de note pour Criminal Loft : il serait injuste d’en attribuer une à un livre que je n’ai pas terminé. Mais une vraie déception, oui, d’autant plus cuisante que l’idée de départ méritait infiniment mieux que ce traitement. Parfois, le plus beau pitch du monde ne suffit pas.