La chronique
Il y a des auteurs qu’on lit comme on mange un bon plat réconfortant : sans prise de tête, avec plaisir, et avec la satisfaction tranquille d’avoir passé un bon moment. Guillaume Musso est de ceux-là. Demain ne révolutionne pas le genre, mais il fait ce qu’il promet, et il le fait bien.
On suit Emma, New-Yorkaise de 32 ans encore en quête de l’homme de sa vie, et Matthew, Bostonien veuf qui élève seul sa petite fille.
Leurs échanges de mails dessinent une connexion rare, lumineuse, qui laisse croire au bonheur possible. Ils décident de se rencontrer dans un restaurant italien de Manhattan. Même jour, même heure, même table. Et pourtant : ils ne se croiseront jamais.
C’est sur cette promesse narrative, à la fois simple, déjà vue mais vertigineuse, que Musso construit tout son roman.
« Demain est un page-turner assumé, efficace, qui bascule rapidement du romanesque vers le thriller avec une aisance certaine. »
Et la promesse est tenue, du moins dans ses grandes lignes. Demain est un page-turner assumé, efficace, qui bascule rapidement du romanesque vers le thriller avec une aisance certaine. L’ambiance new-yorkaise est bien retranscrite : on sent la ville, son rythme, sa densité, et les deux personnages principaux sont suffisamment bien écrits pour qu’on s’y attache sans effort, bien qu’un peu caricaturaux quand on y pense. Musso sait raconter, et ça se ressent à chaque chapitre.
Là où le bât blesse, c’est dans les coutures. Certains passages accusent une inégalité de rythme qui rompt le charme, et quelques ficelles de l’intrigue sont tirées un peu fort. Le genre de coïncidences ou de mécanismes narratifs qui font lever un sourcil quand on est habitué au thriller bien huilé.
Rien de rédhibitoire, mais suffisamment présent pour créer de petites sorties du récit, ces moments où l’on redevient lecteur au lieu de rester personnage. C’était le même ressenti que j’ai eu pour son livre Central Park.
Les amateurs de thriller aguerris trouveront peut-être l’ensemble un poil prévisible. Musso joue sur des codes connus, et s’il les maîtrise, il ne les transgresse pas vraiment. Quant au dénouement, disons simplement qu’il sera sans doute très apprécié d’une large partie des lecteurs, et un peu moins de ceux qui auraient préféré que le roman ose davantage.
Un très bon moment de lecture, une ambiance réussie, des personnages attachants et quelques aspérités qui empêchent le coup de cœur franc. Musso reste une valeur sûre pour qui cherche un roman qui se dévore sans résistance. Ce n’est déjà pas si mal.